Publié le 16 Juillet 2014

Ovide, poète latin, raconte l'histoire de Philémon et Baucis dans "Les Métamorphoses".

Zeus et Hermès, sous les traits de mortels, « frappent à mille portes, demandant partout l'hospitalité ; et partout l'hospitalité leur est refusée. Une seule maison leur offre un asile ; c'était une cabane, humble assemblage de chaume et de roseaux. Là, Philémon et la pieuse Baucis, unis par un chaste hymen, ont vu s'écouler leurs plus beaux jours ; là, ils ont vieilli ensemble, supportant la pauvreté, et par leurs tendres soins, la rendant plus douce et plus légère. »

Zeus est le dieu des voyageurs, il prend sous sa protection tous les voyageurs cherchant logis, ainsi que leurs hôtes; aussi l'hospitalité est-elle une vertu importante pour lui.

Pour punir ses habitants inhospitaliers, les dieux déchaînent le déluge pour inonder cette contrée. Mais auparavant, ils demandent à Philémon et Baucis d'aller sur une montagne afin qu'ils soient épargnés. Ils changent leur cabane en temple, et leur proposent de formuler un souhait en remerciement de leur accueil. Philémon et Baucis demandent d'être les gardiens du temple pour le temps qu'il leur reste à vivre, et qu'à l'heure de leur mort, l'un ne survive pas à l'autre.

Zeus les exauce : ils vivent ainsi dans le temple jusqu'à leur dernière vieillesse. Sentant venir la mort en même temps, ils sont changés en arbres qui mêlent leur feuillage, Philémon en chêne et Baucis en tilleul.

Philemon et Baucis. Ryckaert le jeune. © Musée de Pau

Philemon et Baucis. Ryckaert le jeune. © Musée de Pau

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Publié le 1 Juillet 2014

Shawn Achor, psychologue américain, donne la recette pour augmenter notre efficacité au travail en s'entraînant à l'optimisme. Sa démarche fait écho à l'approche systémique orientée vers les solutions : en focalisant nos perceptions sur ce qui va bien plutôt que sur ce qui va mal, nous élargissons la palette des choix qui s'offrent à nous, et nous développons des compétences pour trouver de nouvelles solutions. En bref, nous travaillons mieux, et nous sommes plus heureux.

Le programme de Shawn Achor, testé en entreprise, se déroule sur 21 jours :

  1. Ecrire 3 nouvelles choses réjouissantes chaque jour. Ceci va entraîner notre cerveau à voir d'abord ce qui est positif dans notre vie.
  2. Tenir un journal en décrivant une expérience positive vécue au cours des dernières 24 h. Le fait d'écrire après coup cette expérience va permettre au cerveau de la revivre.
  3. S'exercer quotidiennement, de façon à ce que notre cerveau apprenne à tenir compte de notre attitude positive.
  4. Pratiquer la méditation, quelques minutes chaque jour, pour que notre cerveau prenne l'habitude de se concentrer sur son travail présent. Le but est de nous débarrasser de l'hyperactivité culturelle que nous avons créée en essayant de faire plusieurs choses à la fois.
  5. Pratiquer la gentillesse gratuite et consciente. Ainsi, quand on ouvre sa messagerie, S. Achor préconise d'envoyer un mail positif félicitant ou remerciant quelqu'un de notre entourage.

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Publié le 28 Mai 2014

Heureux les fêlés, car ils laissent passer la lumière.

Une vieille dame chinoise possédait deux grands pots, chacun suspendu au bout d’une perche qu’elle transportait, appuyée derrière son cou. Un des pots était fêlé, alors que l’autre pot était en parfait état et rapportait toujours sa pleine ration d’eau. À la fin de la longue marche du ruisseau vers la maison, le pot fêlé lui n’était plus qu’à moitié rempli d’eau.

Tout ceci se déroula quotidiennement pendant deux années complètes, alors que la vieille dame ne rapportait chez elle qu’un pot et demi d’eau.

Bien sûr, le pot intact était très fier de ses accomplissements.

Mais le pauvre pot fêlé lui avait honte de ses propres imperfections, et se sentait triste, car il ne pouvait faire que la moitié du travail pour lequel il avait été créé.

Après deux années de ce qu’il percevait comme un échec, il s’adressa un jour à la vieille dame, alors qu’ils étaient près du ruisseau. «J’ai honte de moi-même, parce que la fêlure sur mon côté laisse l’eau s’échapper tout le long du chemin lors du retour vers la maison. » La vieille dame sourit : « As-tu remarqué qu’il y a des fleurs sur ton côté du chemin, et qu’il n’y en a pas de l’autre côté ?

J’ai toujours su à propos de ta fêlure, donc j’ai semé des graines de fleurs de ton côté du chemin, et chaque jour, lors du retour à la maison, tu les arrosais. Pendant deux ans, j’ai pu ainsi cueillir de superbes fleurs pour décorer la table. Sans toi, étant simplement tel que tu es, il n’aurait pu y avoir cette beauté pour agrémenter la nature et la maison.»

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Publié le 25 Avril 2014

Avant que les participants à un stage de formation prennent la parole, il est important de fixer le cadre des échanges pour garantir la protection de chacun vis-à-vis du groupe, protection assurée par le formateur à égalité de droits entre les membres. La finalité des règles explicites de fonctionnement du groupe en formation est

  • de poser le contexte des 3 P (issus de l’Analyse Transactionnelle – Eric Berne, « Que dites-vous après avoir dit bonjour ? »). « Ce sigle 3P fait référence à une dynamique entre les états du moi permettant l’expression de la créativité, l’initiative ou l’expérience d’un individu dans des conditions de sécurité et d’encouragement optimales. Le P de Protection représente la fonction du Parent Normatif : cadrer, fixer les règles ou les limites. Le P de Permission représente la fonction du Parent Nourricier: encourager et soutenir le changement, l’expérimentation, l’affirmation de soi. La résultante de ces deux conditions est l’expression de la Puissance de l’individu par l’utilisation combinée de l’Enfant Libre, siège de la créativité, des envies et de la personnalité authentique, et de l’Adulte en prise avec la réalité, les contraintes éventuelles. » (Isabelle Harlé, troisiemevoie.com).
  • de fonder le groupe en tant que tel pour favoriser sa dynamique (A. Blanchet et A. Trognon, « La psychologie des groupes »).
  • Confidentialité : il s’agit de garantir, autant que faire se peut, la confidentialité des échanges. La règle énonce explicitement que les participants et le formateur lui-même s’engagent à ne pas communiquer à l’extérieur du temps et du lieu du stage le contenu des échanges. Pour cette raison, il sera demandé aux participants de ne pas utiliser d’ordinateur, tablette ou téléphone mobile.
  • Bienveillance : chacun est libre de s’exprimer et d’être écouté avec bienveillance. Il sera rappelé que la protection de la parole des personnes présentes en formation est garantie expressément par la convention de formation (Cf. ci-dessus).
  • Focalisation sur le travail et implication active. Le formateur centrera les échanges sur les situations de travail, et évitera, par des techniques de recadrage, les débats déviant sur la responsabilité des acteurs, les jugements de valeur, généralisations ou interprétations.
  • Respect des autres : chacun est invité à éteindre son mobile, son ordinateur, sa tablette.
  • Respect de soi : permission de faire stop si l’on se sent trop engagé, qu’on ne veuille pas aller plus loin sur tel ou tel thème ; permission d’intervenir sur le rythme (si ça plane trop…)
  • Accord sur les horaires.

Conformément aux préconisations faites par Beauvois et Joule (« La soumission librement consentie ») dans le cadre de la théorie de l’engagement de Kiesler, les règles ci-dessus seront présentées et explicitées aux participants, qui seront déclarés libres d’y adhérer ou non, auront la possibilité de les discuter ou de les amender, mais une fois les règles validées, devront prendre l’engagement oral public de s’y conformer.

De cette façon, on sait qu’on augmente le lien entre les personnes et leur comportement, donc la probabilité que les règles soient effectivement respectées.

Une fois les règles présentées, discutées, adoptées, le cadre des échanges est posé, et les membres du groupe sont plus à l'aise pour interagir au sein de ce cadre.

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Publié le 31 Mars 2014

Après plusieurs années d'expérience professionnelle, les deux conseils les plus utiles que j'ai pu donner à mes clients sont :

  1. Il faut se donner la politique de ses moyens.
  2. Il faut se donner les moyens de sa politique.

Pardonnez-moi ce truisme ! Quoique, à bien y réfléchir, ce n'est pas si simple qu'il y paraît. Pour se donner la politique de ses moyens, il faut garder son cap et tirer des bords entre deux écueils, louvoyer entre Charybde et Scylla. Et pour cela, il est indispensable de faire la distinction entre problèmes et limitations.

Une limitation est un problème qui n'a pas et ne peut pas avoir de solution ; par exemple, je ne peux rien faire au fait de vieillir, ni au fait que je sois mortel. Un problème, ou une situation problématique, se pose chaque fois qu'il y a un écart entre la situation initiale et l'état projeté.

Charybde, c'est la tentation de l'objectif inatteignable, la politique irréaliste, bien au-delà de ses moyens. "Ô homme ! considère d'abord ce que tu te proposes, et vois ensuite, en étudiant ta nature, si tu en es capable. Tu veux être pentathle ou lutteur ? Regarde tes bras, tes cuisses, examine tes reins. L'un, en effet, est né pour une chose ; l'autre, pour une autre." (Manuel d'Epictète, XXIX). Charybde, c'est le déni ou la méconnaissance de ses limitations.

Scylla, en revanche, c'est la confusion qui pousse à voir les problèmes comme étant des limitations. La politique, dans ce cas, manque d'ambition, reste frileuse, ne prend pas de risque. C'est une politique de "gagne-petit". Pour vaincre Scylla, il faut se remémorer la phrase célèbre de Mark Twain : "Ils ne savaient pas que c'était impossible, alors ils l'ont fait."

Se donner la politique de ses moyens, c'est donc d'abord savoir évaluer ces derniers. La première étape consiste à bien identifier ses ressources et ses compétences. Les ressources, ce sont tout ce qui peut être mobilisé pour faire avancer son projet, que ce soit des ressources intrinsèques, comme les connaissances (savoirs), les capacités (physiques, mentales), les qualités, ou des ressources extrinsèques, comme les relations, les richesses, le climat, etc. Avoir des compétences, c'est être capable de mobiliser ses ressources à bon escient.

Alors, en résumé :

  • Distinguez ce qui pose problème et ce qui restera une limitation.
  • Recensez vos ressources et vos compétences.
  • Définissez votre politique de telle sorte qu'elle soit à la fois réaliste et ambitieuse.
  • Puis mobilisez vos ressources pour réaliser votre projet : c'est alors qu'il faut se donner les moyens de sa politique.

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Publié le 11 Février 2014

La construction du monde

La communication entre deux personnes est influencée par la façon dont chacune envisage sa construction du monde.

L'expression de "la construction du monde" est empruntée à Mony Elkaïm, neuropsychiatre, directeur de l'Institut d'Études de la Famille et des Systèmes Humains de Bruxelles.

Le courant philosophique du constructivisme propose une approche de la connaissance reposant sur l'idée que notre image de la réalité, ou les notions structurant cette image, sont le produit de l'esprit humain en interaction avec cette réalité, et non le reflet exact de la réalité elle-même. Kant a défendu la théorie selon laquelle la connaissance des phénomènes résulte d'une construction effectuée par le sujet.

L'individu construit sa réalité à partir de ses perceptions. Or, nos perceptions sont conditionnées par nos croyances. Nous ne percevons que ce que nous nous attendons à percevoir ("On ne voit que ce qu'on croit." Humberto Maturana). Toutefois, la réalité existe bel et bien.

Pour chacun d'entre nous, sa propre construction du monde est donc un filtre personnel ; elle se fait à partir du contexte dans lequel il évolue (familial, professionnel, social, économique, géographique, politique...). Bien entendu, pour éviter les distorsions qui risqueraient de faire douter de notre santé mentale, il est préférable que le filtre corresponde à la réalité ! Si on considère la réalité comme étant le territoire, notre construction du monde est notre carte pour connaître ce territoire. Aucune carte ne peut représenter la totalité du territoire, sous tous ses aspects. Ce qui n'empêche pas que, pour vivre avec les autres, il vaut mieux partager la même carte.

Lorsque deux individus entrent en interaction par la communication, chacun va confronter sa vision du monde avec celle de l'autre. Ceci présente plusieurs difficultés :

  • Le risque d'une observation présentée comme extérieure est de contraindre l'autre à l'accepter ou à s'opposer. Comme si la perception de l'un et de l'autre entraient dans un jeu à somme nulle, où il ne peut y avoir qu'un gagnant.
  • Il y a risque de confondre ce que "j'observe" ("moi, je...") et ce qui "est". "Je" cherche alors à imposer "sa" réalité.
  • Une des difficultés que nous avons à écouter la construction du monde de l'autre, c'est que nous pensons qu'écouter, c'est cautionner.

Si l'on est comprend le principe de la construction du monde, alors, pour faciliter les interactions avec les autres, l'idée est de chercher dans quelle mesure les croyances peuvent coexister. Une perception n'annule pas l'autre, mais l'enrichit. Il faut passer du "ou ... / ou ..." exclusif (ou j'ai raison, ou tu as raison) au "... et aussi ..." (j'ai raison, et toi aussi tu as raison). Les nouvelles visions n'annulent pas les anciennes, elles s'y ajoutent.

En communication, on pourra recourir à la technique du recadrage, qui consiste à réorganiser l'observation, par exemple en utilisant la formulation "... et aussi ...". Je vous propose d'y revenir dans un prochain article.

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Publié le 10 Janvier 2014

Halte aux open spaces et aux bureaux non attribués !

Plusieurs recherches en psychologie sociale ont montré ces dernières années l'impact de l'espace de travail sur la productivité, la motivation, le bien-être et tout simplement le comportement des salariés (voir aussi l'article "Influence de la place des interlocuteurs sur la communication",24 Juin 2013 sur ce blog).

Elton Mayo avait déjà apporté la preuve, lors de la fameuse expérience d'Hawthorne (1927 - 1932), que l'amélioration des conditions de travail était corrélée positivement à l'augmentation de la productivité.

Les récentes études dans ce domaine expliquent (on s'en doutait...) que la lumière naturelle favorise mieux la productivité que la lumière artificielle, que les meilleures performances sont associées à la proximité et à la taille des fenêtres, que la présence de plantes ou la vue sur des espaces verts ont des effets bénéfiques sur le stress.

Plus surprenant est l'effet positif associé au bruit : il semblerait qu'un certain niveau de bruit de fond donne aux travailleurs "la sensation du lieu", l'impression d'un espace vivant, et qu'il ne faut donc pas rechercher à l'éliminer.

Knight et Haslam (2010), de l'université d'Exeter, affirment que plus les employés ont la possibilité de contrôler leur environnement, de personnaliser leur espace de travail, plus ils sont satisfaits, motivés et productifs. Cela va jusqu'à la possibilité de régler l'éclairage ou le chauffage, d'ouvrir la fenêtre, de laisser une porte ouverte ou fermée, de déplacer des meubles...

A l'inverse, Pol, Net et Ferrer (2013) de l'université de Barcelone, prétendent que les espaces de travail non personnalisés, comme les bureaux non attribués, empêchent le salarié de s'affirmer. Il ne peut pas prendre appui sur son poste de travail pour afficher ses caractéristiques distinctives et son identité au travail.

Quant aux open spaces, en vogue dès les années soixante, ils avaient été créés à l'origine pour réduire le coût au m², et justifiés par le fait de faire disparaître les obstacles à la communication en créant un espace fluide et transparent. Or, paradoxalement, c'est plus particulièrement dans ce genre d'espace qu'il faut garder le silence afin de ne pas gêner les autres. Fischer (1989) ajoute que les bureaux paysagers placent les employés dans une exposition permanente des uns aux yeux des autres, empêchent toute forme d'intimité, et incitent, par conséquent, les gens à adopter des comportements de façade et de fuite.

Tout bon manager devrait donc réfléchir sérieusement à l'organisation de l'espace de travail dans son équipe. C'est un préalable indispensable à toute recherche sur des gains de productivité, c'est aussi un excellent moyen de prévenir les conflits et de limiter les risques psychosociaux.

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