Sans cadre, imaginez le tableau !

Publié le par Sirieix

Le problème est le même, au niveau de l'entreprise, ou bien au niveau de l'individu : à quoi sert de définir une stratégie si l'on ne sait pas quel objectif on vise ? A quoi sert de fixer un objectif s'il n'est pas sous-tendu par un cadre solide ? "Il n'est pas de vent favorable pour qui ne connaît pas son port" - la sentence de Sénèque ne date pas d'hier, mais reste d'actualité.

 

Il était une fois un souriceau qui, en cherchant des graines sous la terre d'un jardin, découvrit une bourse pleine de pièces d'or. Ravi de l'aubaine, il sauta et dansa de joie autour de son trésor, puis se demanda ce qu'il allait bien pouvoir en faire. Toutefois, comme il n'est pas dans la nature du souriceau de passer des heures en réflexion, il pris rapidement sa décision : il allait partir de sa souricière, quitter sa famille et ses amis, pour découvrir le vaste monde ! Vaste projet s'il en fût ! Il se mit donc en chemin après avoir préparer son baluchon : quelques croûtes de fromage bien rances, et sa bourse. En chemin, il rencontra un lapin qui lui dit :

- Souriceau, si loin de chez toi, où vas-tu donc d'un pas si décidé ?

- Je m'en vais découvrir le vaste monde.

- Si tu me donnes une pièce d'or, je t'y mènerai plus vite en te portant sur mon dos jusqu'à la lisière de la forêt.

Ainsi fut fait. Le souriceau, ravi de gagner du temps, grimpa sur le lapin, et atteignit la forêt en quelques bonds. Puis, avoir avoir remercié et payé le lapin, le souriceau entra dans la grande forêt sombre.

Il marcha longtemps, longtemps, et il commençait à sentir son moral baisser quand il rencontra un renard.

- Souriceau, si loin de chez toi, où vas-tu donc d'un pas si décidé ?

- Je m'en vais découvrir le vaste monde.

- Si tu me donnes une pièce d'or, je t'y mènerai plus vite en te portant sur mon dos à travers la forêt jusqu'à l'océan.

Ainsi fut fait. Le souriceau, tout heureux de se reposer, s'accrocha au cou du renard qui partit comme une flèche. Quand ils arrivèrent sur une grande plage de sable et de vase, le souriceau paya le renard et le remercia, puis se dirigea d'un pas décidé vers les vagues.

Il entra dans la mer et commença à nager. Au bout d'un moment, un requin émergea devant lui et lui dit :

- Souriceau, si loin de chez toi, où vas-tu donc d'une brasse si décidée ?

- Je m'en vais découvrir le vaste monde.

Le requin ouvrit alors grand sa gueule bardée de plusieurs rangées de dents acérées, et avala le souriceau d'un seul coup en ricanant :

- C'est par là !

 

Pourquoi cette collectivité a-t-elle mis en place des stages de formation au management participatif, alors que rien n'est fait par ailleurs pour en favoriser la pratique ?

Pourquoi cette entreprise veut-elle faire une enquête auprès de son personnel ? Quelles décisions prendra-t-elle en fonction des résultats, et dans quel but ?

Pour cet étudiant veut-il à tout prix continuer ses études et collectionner diplôme après diplôme ?

 

Sans cadre, toutes ces actions, celle du souriceau, de l'entreprise, de la collectivité, de l'étudiant, n'ont pas de sens.

 

Alors comment poser un cadre qui donne du sens à l'action, qui en fixe les limites, qui la contienne tout en la renforçant ? Ce cadre, le Cadre de Référence Fondamental (merci à M. Henri de Lassus, mon professeur) se définit en fonction de trois points :

  • Il s'agit d'abord d'énoncer clairement sa vocation, celle de l'entreprise(p. ex. conditionner des fruits et légumes), celle de l'étudiant (créer son entreprise de conditionnement), celle de la collectivité...
  • De là, il faut expliciter le pourquoi de cette vocation, la finalité. Attention à ne pas tomber dans le piège de la facilité en évoquant le profit (... certes, mais pourquoi de cette façon ?) Exemple de finalité pour une entreprise viticole : faire fructifier un patrimoine pour le léguer à ses descendants.
  • Enfin, on décrira la manière particulière, le style, les valeurs... bref, l'éthique qui caractérise les choix faits par l'individu, l'entreprise, la collectivité... pour mettre en oeuvre sa vocation et atteindre sa finalité.

Ce cadre de référence fondamental deviendra l'axe autour duquel on pourra élaborer une vision partagée, une gestion du temps par priorités, une bonne communication interne et externe...

Herzberg recommandait de donner du sens au travail pour développer la motivation des salariés : c'est à celà aussi que sert le cadre de référence fondamental.

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Ca se passe près de chez nous...

Publié le par Sirieix

Motiver les salariés par l'enrichissement des tâches et l'apprentissage en équipe, gérer et développer les compétences, favoriser la diversité culturelle... Ce sont des thèmes classiques en management. Mais on s'attend surtout à les voir mis en oeuvre par de grosses entreprises, bien structurées, avec un service RH conséquent, voire par des "grands comptes" ou des multinationales (France Telecom en étant le contre-exemple...)

Et bien sachez que, loin des idées reçues, certaines PME du Languedoc-Roussillon mènent une réflexion poussée sur ces techniques, et même les mettent en oeuvre de façon originale... et dans des contextes où l'on ne s'y attendrait pas !

Pour preuve cette entreprise arboricole, qui emploie jusqu'à 500 personnes en pleine saison de récolte des fruits. Par suite d'une série de mauvaises années (mauvaises conditions climatiques, vive concurrence, crise agricole...), l'entreprise est en redressement judiciaire. Les trois salariés du service administratif et leur chef sont en contrat saisonnier. Malgré cette forte précarité et l'insécurité qui pèse sur l'emploi, leur responsable applique un management à visée de long terme : l'apprentissage se fait en équipe et chacun peut épauler l'autre en cas de besoin. Chacun est encouragé à développer ses compétences par la pratique, la formation, les échanges. Des réunions de travail hebdomadaires, des déjeuners décontractés une fois par mois, la mise en place d'un système de communication claire et saine, l'établissement d'un système de primes adapté au travail administratif, tout est fait pour valoriser la personne et son développement.

Et ne croyez pas que ces bonnes pratiques s'arrêtent au service administratif : l'entreprise est engagée dans une démarche globale de développement durable incluant les volets biologiques, économiques, environnementaux et sociaux. Un plan d'action seniors ambitieux est en projet.

Non, les patrons ne sont pas tous des héritiers de Taylor ou des adorateurs du profit. Une nouvelle forme de management est à l'oeuvre, discrètement, à côté de chez nous, respectueuse des hommes et de la nature. Oui, il existe des salariés qui sont prêts à s'impliquer même si on ne peut pas leur garantir la sécurité de l'emploi. De quoi espérer en l'avenir !

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