Mon voisin est un psychométreur !

Publié le par Sirieix

De tout temps, la grande question a été, et reste, de savoir qui sont les autres, de comprendre et de prévoir leurs comportements. Analyser les traits de personnalité des individus, les classer et pouvoir prédire leurs actions, voilà toute l'affaire ! Mais sur quelles bases théoriques s'appuyer pour construire une méthode ? Comment s'y prendre ? Et surtout, dans quelle intention ?

 

Classer les objets de l'univers est une démarche ancienne qui répond au besoin essentiel de réduire l'incertitude et de se donner les moyens de maîtriser ce qui est inconnu. Aristote est l'un des précurseurs de la taxonomie. Il a aussi formalisé une méthode de classement : le carré logique ou carré d'Aristote, qui représente les oppositions entre quatre propositions fondamentales sous la forme "sujet x - prédicat P"

  • Proposition notée A, universelle affirmative : « tous les x sont P »
  • Proposition notée E, universelle négative : « aucun x n'est P »
  • Proposition notée I, particulière affirmative : « quelque x est P »
  • Proposition notée O, particulière négative : « quelque x est non-P »

Des objets aussi difficiles à cerner que les traits de personnalité n'ont pas fait exception à la règle. Pour les répertorier, deux approches théoriques principales sont possibles.

Certains considèrent que le tempérament d'une personne a des causes organiques. Hippocrate, par exemple, est tenu pour être l'auteur de la théorie des humeurs. Selon cette théorie, le corps rassemble les quatre éléments fondamentaux, l'eau, l'air, le feu et la terre, auxquels correspondent quatre qualités, humide, sec, chaud, froid. La prédominance d'un élément détermine un tempérament fondamental :

  • le bilieux, plutôt colérique (chaud et sec),
  • l'atrabilaire, enclin à la tristesse (froid et sec),
  • le flegmatique, calme, gardant son sang-froid, voire apathique (froid et humide),
  • le sanguin, gai et enjoué (chaud et humide).

Une autre perspective est de chercher aux traits de personnalité des déterminants psychiques. Le psychanalyste Carl Gustav Jung a élaboré une typologie pour appréhender le mode de fonctionnement psychologique d'un sujet. Elle distingue seize types psychologiques combinant quatre fonctions fondamentales liées à la motivation de l'individu et au traitement de l'information :

  • Extraversion / Introversion, selon que la personne est motivée par les expériences proposées par son environnement ou par son univers intérieur (pensées, sentiments).
  • Sensation / Intuition, selon le mode privilégié de recueil de l'information.
  • Pensée / Sentiment, façon de prendre une décision.
  • Jugement / Perception, comme préférence de mode d'action.

« La sensation (c'est-à-dire, le sentiment de perception) vous dit que quelque chose existe ; la réflexion vous dit ce que c’est ; le sentiment vous dit si c'est agréable ou pas ; et l'intuition vous dit d'où ça vient et où ça mène. » – C.G. Jung

En 1905, Alfred Binet propose une échelle de mesure de l'intelligence, le test du Q.I. Il invente ainsi l'un des premiers tests psychométriques ayant une véritable assise scientifique.Aujourd'hui, de nombreux tests psychométriques s'appuyant sur ces théories sont proposés : le MBTI (Myers Briggs Type Indicator, le HBDI (Herrmann Brain Dominance Instrument) basé sur la théorie de spécialisation des hémisphères cérébraux de Sperry et la théorie du cerveau triunique de MacLean, etc.

 

Se pose la question cruciale de la finalité de ces tests : à quelle fin sont-ils utilisés ? Quelle est l'intention véritable de celui qui les met en oeuvre ?

Il me semble que deux réponses sont possibles, si l'on distingue les tests de soi-même pour soi-même et les tests de certains pour autrui. Dans le premier cas, on trouvera sans doute des gens qui doutent d'eux-mêmes ou qui sont curieux d'en apprendre plus sur eux-mêmes. Ceux-là s'attendent à des révélations suscpetibles de changer leur vie, et bien souvent trouvent simplement confirmation de ce qu'ils savaient déjà.

Dans la deuxième catégorie, on trouvera, entre autres, les recruteurs. Or, quelle fiabilité peut-on accorder à ces tests ? Bien que scientifiquement menés et théoriquement fondés, ils ne peuvent, dans le meilleur des cas, que donner un reflet qui se veut fidèle de la personnalité de celui qui se soumet à l'épreuve, à un moment précis de sa vie (il est jeune ou âgé, malade ou en bonne santé, riche ou pauvre, seul ou en famille...), en sachant qu'il passe un test (quelle réponse pourrait faire plaisir au recruteur ? Quelle est la réponse qui me fera bien voir ?...) et dans un contexte particulier (ça se passe à un moment de la journée et de la semaine, dans un endroit précis, sous un climat donné, en compagnie de gens plus ou moins nombreux, plus ou moins hostiles...)

 

Et puis, soyons sincères : je pense que je suis capable de changer, que j'adopte aujourd'hui, dans telle ou telle situation, un comportement que je ne pratiquais pas hier... et je trouve ça normal. Et je voudrais classer les autres une fois pour toutes en considérant qu'ils sont incapables de changer, et qu'on peut ou on ne peut pas, définitivement, leur faire confiance ! C'est paradoxal.

 

Alors, gardez-vous de la personnologie, méfiez-vous de votre voisin psychométreur, et soyez confiant dans la capacité illimité qu'a chacun de ceux qui vous entoure de vous surprendre... pour le meilleur ou pour le pire !