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Les 4 règles d'or indispensables au manager

Publié le par Sirieix

Les 4 règles d'or indispensables au manager

Le bon manager, outre qu'il doit veiller à assurer les fonctions importantes qui sont de sa responsabilité, sera plus particulièrement vigilant au respect de quatre règles d'or :

Ne jamais prendre de décision sans s'être donné, à l'avance, les moyens de la mettre en oeuvre.

"Evidemment !", me direz-vous. Toutefois, ce n'est pas si simple. Il faut d'abord identifier les moyens nécessaires pour la réussite du projet :

  • Moyens matériels : quels sont les objets, matériaux, machines, locaux, etc. qu'il faudra rassembler, louer, acquérir, pour réaliser le projet décidé ?
  • Moyens financiers : comment financer le projet ? un budget a-t-il été établi ? comment assurer la survie de l'entreprise en attendant les bénéfices escomptés de la décision qui va être prise ?
  • Moyens humains : quelles compétences faut-il avoir, théoriques (connaissances, informations), pratiques (savoir-faire), cognitives (capacités de réflexion, d'innovation, d'organisation...), relationnelles (réseau, communication, persuasion, motivation d'équipe...) ? Quelle équipe faut-il réunir : combien de personnes, diversité des membres...

Un exemple : un enseignant décide de démissionner de l'Education nationale pour devenir écrivain. Il doit savoir comment assurer sa subsistance avant de gagner sa vie de ses livres, quel réseau il lui faut intégrer, quelle méthode de travail il va appliquer, etc.

Ne jamais prendre de décision sans s'être donné, à l'avance, les moyens d'en changer.

C'est plus difficile. Il s'agit ici de prévoir à l'avance une solution de repli, un plan B, bref, une AMORCE : alternative ou meilleure option de rechange en cas d'échec. Cette solution alternative, pour être efficace, doit impérativement être préparée, soigneusement et dans les détails, avant de prendre la décision de lancer le projet. Ceci est indispensable pour éviter de tomber dans le piège de l'effet de gel, décrit par Kurt Lewin comme une résistance au changement. L'effet de gel consiste à préférer poursuivre le comportement dans lequel on s'est engagé, même s'il est contre-productif, plutôt que d'en changer.

Un exemple : Avant de se lancer comme écrivain, l'enseignant dont il était question plus haut doit se fixer une échéance et un seuil de rentabilité. A l'échéance, si le seuil de rentabilité n'est pas atteint, il doit avoir préparé une solution de rechange : revenir à l'enseignement en tant que contractuel, devenir formateur indépendant, passer un concours pour entrer dans une école d'infirmier...

Faire porter une critique négative sur un comportement précis, et jamais sur une personne.

Le bon manager s'attachera à limiter la portée d'une critique négative à un comportement précis apparu dans un contexte spécifique. Ceci a pour but de dissocier le comportement négatif de la personne qui en est l'auteur, afin qu'elle ne s'y identifie pas. Outre que cette attitude, de la part du manager, est plus respectueuse de la personne en montrant que son chef lui conserve sa bienveillance, elle laisse à l'individu concerné la liberté de renoncer au comportement négatif pour en adopter un autre plus en rapport avec les attentes de l'entreprise.

Faire porter une remarque positive sur une personne, et non sur un comportement précis.

A l'inverse, le manager doit tout faire pour que le salarié établisse un lien fort entre sa personnalité et ses comportements positifs, ce qu'il est et ce qu'il fait de bien (du point de vue de l'entreprise). Ainsi, le manager retourne l'effet de gel à son avantage en encourageant l'individu à reproduire son comportement, sans qu'il soit nécessaire de recourir à un système de récompense ou de punition. Le salarié est libre "d'être lui-même" et de persévérer dans les comportements positifs que son chef s'est bien gardé de souligner. Ce qui valorisé, c'est l'individu dans son ensemble ; c'est à lui qu'on accorde confiance.

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Trancher le noeud gordien

Publié le par Sirieix

Trancher le noeud gordien

L'année 2014 s'achève. Elle fut difficile, morose, marquée par la crise, jalonnée de mauvaises nouvelles, de noirs oracles... Pour en finir avec ce climat délétère, quoi de mieux que d'évoquer un moyen expéditif de résoudre les problèmes : trancher le nœud gordien.

Gordius était un laboureur de la Phrygie qui n'avait pour toute richesse que son chariot et ses bœufs.

Quand les Phrygiens voulurent se donner un roi, ils consultèrent l'oracle, et l'oracle leur répondit de prendre le premier homme qu'ils verraient monté sur un char. Cet homme fut Gordius. Il donna son nom à la ville de Gordium, capitale de la Phrygie. Le char de Gordius, que Midas, son fils, consacra à Jupiter, est resté célèbre par le nœud qui attachait le joug au timon, et qui était si habilement enlacé qu'on ne pouvait en apercevoir les bouts.

Quand Alexandre, vainqueur de la Phrygie, se fut rendu maître de Gordium, il apprit que, selon la prophétie, quiconque parviendrait à dénouer ce nœud se rendrait maître de l'Asie.

Aristobule prétend qu'il le délia avec la plus grande facilité après avoir ôté la cheville qui tenait le joug attaché au timon, mais on croit plus généralement qu'il coupa ce nœud d'un coup d'épée.

Le nœud gordien est resté dans le langage pour caractériser une difficulté qu'on ne peut résoudre, un obstacle qu'on ne peut vaincre. Se tirer d'embarras par un moyen expéditif et vigoureux, c'est trancher le nœud gordien.

Ce qui était remarquable (dans le temple de Jupiter), c'était un char qui, assurait-on, avait transporté le père de Midas, Gordios. [...] Le joug était une curiosité car bien des nœuds s'y mêlaient les uns aux autres dans un confus enchevêtrement. Puis comme les indigènes affirmaient que, d'après la prédiction d'un oracle, celui qui dénouerait le lien inextricable serait le maître de l'Asie, le désir vint au cœur d'Alexandre de réaliser cette prédiction. [...] La série des nœuds était si compacte que ni la réflexion ni la vue ne permettait de saisir d'où partait cet entrelacement et où il se dérobait. [...] Sans résultat, Alexandre lutta longuement contre le secret de ces nœuds. "Peu importe," dit-il alors, "la façon de les défaire" et de son épée il rompit toutes les courroies, éludant ainsi la prédiction de l'oracle - ou la réalisant.

Quinte-Curce, Histoires, III, 1,14-18

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L'eau d'Ayolé - Comment mettre en oeuvre une solution à partir d'une approche systémique

Publié le par Sirieix

L'histoire ci-dessous est tirée de la réalité. Elle illustre deux approches différentes d'une situation problématique. La première se focalise sur le besoin, et propose une solution technique valable... en théorie. La seconde prend en compte le besoin et le replace dans son contexte historique, économique, géographique, social, culturel... afin de proposer une solution englobant tous les aspects, à partir d'une approche systémique.

 

L’eau potable pose de gros problèmes aux villages ruraux du Togo, en Afrique occidentale, notamment durant la longue saison sèche. Lesfemmes devaient se lever à 3 heures du matin et parcourir à pied une quinzaine de kilomètres jusqu'au fleuve Amou, en portant des bassines d’eau pouvant peser jusqu’à 40 kilos une fois pleines. Ce qui leur laissait peu de temps pour faire quoi que ce soit d’autre.

Et, en plus, cette eau n'est même pas saine. Des vers y pondaient leurs œufs qui couvaient dans le corps des villageois, avant d'essayer d'en sortir. La douleur pouvait parfois provoquer des évanouissements.

Pour acheminer une eau propre jusqu'aux villageois des pays en voie de développement, les gouvernements et les organisations internationales d'aide ont dépensé plus de 400 milliards de francs pour creuser des puits et installer des pompes à eau. Résultat : des systèmes de pompage hors d’usage et abandonnés parsèment le paysage africain, tels des squelettes d'un rêve oublié. Chacune de ces pompes a coûté plus de 50 000 francs mais, dans certaines régions, 80 % d'entre elles ne fonctionnent plus.

On pourrait s'attendre à ce que les habitants d'Amoussokopé soient capables d'entretenir leurs pompes. Cette ville est située sur une route principale du Togo. Elle est dotée d'un centre médical, d'un lycée et de petites entreprises. Il y a même un train qui s'y arrête. Mais la pompe a cessé de fonctionner en moins de deux ans. « Nous avons .voulu la réparer, déclarait une femme, mais nous ne savons pas comment. Nous ne connaissons personne qui puisse la réparer pour nous. » Les habitants ont tenté de recueillir 1 800 francs pour réparer la pompe, mais I’argent a fondu comme neige au soleil. Personne ne savait combien d'argent avait été recueilli et personne n'en avait été responsable.

Un village, Ayolé, a réussi là où les autres avaient échoué parce que la pompe d'Ayolé a dès le début été intégrée à la vie du village. Des agents extérieurs ont aidé les villageois à organiser un comité chargé de cette pompe et à désigner un responsable. C'est un mécanicien du village qui a reçu une formation.

« Tout le monde avait des vers avant l'arrivée de la pompe. Les gens étaient cloués au lit. Mais, depuis que nous avons cette pompe, la maladie a disparu. Nous sommes si libres à présent ! Plus de problème d'eau. Nous nous sentons en bonne santé ! »

Pour parvenir à ce genre d'engagement de la part du village, les agents extérieurs ont dû se remettre en question pour tenter une nouvelle approche : « Dans le passé, je transmettais aux villageois simplement ce que je savais. Mais, aujourd'hui, j'arrive dans un village et ensemble nous trouvons des solutions. Auparavant, les femmes n'avaient pas de rôle clairement défini dans la gestion du village, notamment parce que c'était l'affaire des hommes. Aujourd'hui, les femmes prennent également des décisions dans ces villages. »

Pour réunir l’argent nécessaire à I’entretien de la pompe, les villageois décidèrent de travailler ensemble dans un champ communal. Cela a toujours été un moyen traditionnel de recueillir de l’argent pour les funérailles ou les fêtes, mais à présent c’est devenu une activité permanente. Et avec les bénéfices, ils ont ouvert un compte bancaire en ville. Les villageois se sont organisés pour construire des latrines, une nouvelle école et installer une deuxième pompe. Ayolé n'est pas un village riche, c’est un village déterminé.

« Avant, chacun vivait pour soi. Personne ne se rendait visite. Personne n'avait de temps à consacrer aux autres. Aujourd’hui, nous avons des réunions au sujet de la pompe. Aujourd'hui nous sommes organisés. »

 

Sources :

  • THE WATER 0F AYOLE, film documentaire de Sandra NICHOLS, Etats-Unis, 1988
  • La cinquième discipline – Le guide de terrain, Peter SENGE et al., First Editions, Paris, 2000

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