L'eau d'Ayolé - Comment mettre en oeuvre une solution à partir d'une approche systémique

Publié le par Sirieix

L'histoire ci-dessous est tirée de la réalité. Elle illustre deux approches différentes d'une situation problématique. La première se focalise sur le besoin, et propose une solution technique valable... en théorie. La seconde prend en compte le besoin et le replace dans son contexte historique, économique, géographique, social, culturel... afin de proposer une solution englobant tous les aspects, à partir d'une approche systémique.

 

L’eau potable pose de gros problèmes aux villages ruraux du Togo, en Afrique occidentale, notamment durant la longue saison sèche. Lesfemmes devaient se lever à 3 heures du matin et parcourir à pied une quinzaine de kilomètres jusqu'au fleuve Amou, en portant des bassines d’eau pouvant peser jusqu’à 40 kilos une fois pleines. Ce qui leur laissait peu de temps pour faire quoi que ce soit d’autre.

Et, en plus, cette eau n'est même pas saine. Des vers y pondaient leurs œufs qui couvaient dans le corps des villageois, avant d'essayer d'en sortir. La douleur pouvait parfois provoquer des évanouissements.

Pour acheminer une eau propre jusqu'aux villageois des pays en voie de développement, les gouvernements et les organisations internationales d'aide ont dépensé plus de 400 milliards de francs pour creuser des puits et installer des pompes à eau. Résultat : des systèmes de pompage hors d’usage et abandonnés parsèment le paysage africain, tels des squelettes d'un rêve oublié. Chacune de ces pompes a coûté plus de 50 000 francs mais, dans certaines régions, 80 % d'entre elles ne fonctionnent plus.

On pourrait s'attendre à ce que les habitants d'Amoussokopé soient capables d'entretenir leurs pompes. Cette ville est située sur une route principale du Togo. Elle est dotée d'un centre médical, d'un lycée et de petites entreprises. Il y a même un train qui s'y arrête. Mais la pompe a cessé de fonctionner en moins de deux ans. « Nous avons .voulu la réparer, déclarait une femme, mais nous ne savons pas comment. Nous ne connaissons personne qui puisse la réparer pour nous. » Les habitants ont tenté de recueillir 1 800 francs pour réparer la pompe, mais I’argent a fondu comme neige au soleil. Personne ne savait combien d'argent avait été recueilli et personne n'en avait été responsable.

Un village, Ayolé, a réussi là où les autres avaient échoué parce que la pompe d'Ayolé a dès le début été intégrée à la vie du village. Des agents extérieurs ont aidé les villageois à organiser un comité chargé de cette pompe et à désigner un responsable. C'est un mécanicien du village qui a reçu une formation.

« Tout le monde avait des vers avant l'arrivée de la pompe. Les gens étaient cloués au lit. Mais, depuis que nous avons cette pompe, la maladie a disparu. Nous sommes si libres à présent ! Plus de problème d'eau. Nous nous sentons en bonne santé ! »

Pour parvenir à ce genre d'engagement de la part du village, les agents extérieurs ont dû se remettre en question pour tenter une nouvelle approche : « Dans le passé, je transmettais aux villageois simplement ce que je savais. Mais, aujourd'hui, j'arrive dans un village et ensemble nous trouvons des solutions. Auparavant, les femmes n'avaient pas de rôle clairement défini dans la gestion du village, notamment parce que c'était l'affaire des hommes. Aujourd'hui, les femmes prennent également des décisions dans ces villages. »

Pour réunir l’argent nécessaire à I’entretien de la pompe, les villageois décidèrent de travailler ensemble dans un champ communal. Cela a toujours été un moyen traditionnel de recueillir de l’argent pour les funérailles ou les fêtes, mais à présent c’est devenu une activité permanente. Et avec les bénéfices, ils ont ouvert un compte bancaire en ville. Les villageois se sont organisés pour construire des latrines, une nouvelle école et installer une deuxième pompe. Ayolé n'est pas un village riche, c’est un village déterminé.

« Avant, chacun vivait pour soi. Personne ne se rendait visite. Personne n'avait de temps à consacrer aux autres. Aujourd’hui, nous avons des réunions au sujet de la pompe. Aujourd'hui nous sommes organisés. »

 

Sources :

  • THE WATER 0F AYOLE, film documentaire de Sandra NICHOLS, Etats-Unis, 1988
  • La cinquième discipline – Le guide de terrain, Peter SENGE et al., First Editions, Paris, 2000

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