Articles avec #systemie tag

120. Trois adages à suivre, dans vos relations avec les autres

Publié le par Sirieix

120. Trois adages à suivre, dans vos relations avec les autres

L'école de Milwaukee et ses leaders (Steve de Shaker, Insoo Kim Berg), dans le cadre de son modèle de thérapie systémique brève orientée vers les solutions, propose trois adages qu'il est bien utile de garder en tête dans le but d'améliorer nos relations avec les autres, et de favoriser une communication saine.

Si ça marche, continuez.

Cet adage nous invite à prendre le temps de réfléchir et de repérer ce qui marche, dans nos relations avec les autres : qu'est-ce que nous faisons de bien, qui instaure un bon climat relationnel ? Quels comportements avons-nous quand la communication est aisée, authentique ? Qu'est-ce qui vient de nous, qui met les autres à l'aise ? Qu'est-ce que nous disons, qui les invitent à communiquer plus librement ?

Il est bon de s'arrêter et de consolider nos points forts par une vraie prise de conscience. Souvenons-nous de ce que disait Milton Ericsson : "Pour aller vite, avançons lentement".

Si ça ne marche pas, essayez autre chose.

Il est inutile de répéter toujours la même chose de la même façon, ou de refaire le comportement qui ne donne pas de bon résultat, en se disant, que cette fois-ci, c'est sûr, ça va marcher, l'autre va comprendre. Cette croyance est illusoire. Une fois que vous avez constaté l'échec de votre conduite, changez quelque chose, créez une différence :

  • Changez de registre, parlez de méthode (comment on s'y prend) plutôt que d'action (ce qu'on va faire), ou l'inverse.
  • Donnez du sens, invoquez un idéal.
  • Utilisez les objets, les mouvements, les métaphores, les images, les sons...

Faites l'essai, et voyez ce qui marche !

Si ça n'est pas cassé, ne réparez pas.

Restez à ce que l'autre dit, à l'explicite, et ne cherchez pas à savoir ce qu'il ne dit pas. Vous risqueriez alors de tomber de Charybde en Scylla, d'interprétation (ma façon de penser à la place de l'autre) en projection (la pollution de son histoire par la mienne).

Prenez ce que dit l'autre au pied de la lettre. En vous en tenant au niveau explicite, vous éviterez de vous lancer en sauveur, tel le chevalier blanc, dans une tentative d'aide... non demandée !

"N'entrez pas dans la danse sans y avoir été invité."

Voir les commentaires

La construction du monde

Publié le par Sirieix

La construction du monde

La communication entre deux personnes est influencée par la façon dont chacune envisage sa construction du monde.

L'expression de "la construction du monde" est empruntée à Mony Elkaïm, neuropsychiatre, directeur de l'Institut d'Études de la Famille et des Systèmes Humains de Bruxelles.

Le courant philosophique du constructivisme propose une approche de la connaissance reposant sur l'idée que notre image de la réalité, ou les notions structurant cette image, sont le produit de l'esprit humain en interaction avec cette réalité, et non le reflet exact de la réalité elle-même. Kant a défendu la théorie selon laquelle la connaissance des phénomènes résulte d'une construction effectuée par le sujet.

L'individu construit sa réalité à partir de ses perceptions. Or, nos perceptions sont conditionnées par nos croyances. Nous ne percevons que ce que nous nous attendons à percevoir ("On ne voit que ce qu'on croit." Humberto Maturana). Toutefois, la réalité existe bel et bien.

Pour chacun d'entre nous, sa propre construction du monde est donc un filtre personnel ; elle se fait à partir du contexte dans lequel il évolue (familial, professionnel, social, économique, géographique, politique...). Bien entendu, pour éviter les distorsions qui risqueraient de faire douter de notre santé mentale, il est préférable que le filtre corresponde à la réalité ! Si on considère la réalité comme étant le territoire, notre construction du monde est notre carte pour connaître ce territoire. Aucune carte ne peut représenter la totalité du territoire, sous tous ses aspects. Ce qui n'empêche pas que, pour vivre avec les autres, il vaut mieux partager la même carte.

Lorsque deux individus entrent en interaction par la communication, chacun va confronter sa vision du monde avec celle de l'autre. Ceci présente plusieurs difficultés :

  • Le risque d'une observation présentée comme extérieure est de contraindre l'autre à l'accepter ou à s'opposer. Comme si la perception de l'un et de l'autre entraient dans un jeu à somme nulle, où il ne peut y avoir qu'un gagnant.
  • Il y a risque de confondre ce que "j'observe" ("moi, je...") et ce qui "est". "Je" cherche alors à imposer "sa" réalité.
  • Une des difficultés que nous avons à écouter la construction du monde de l'autre, c'est que nous pensons qu'écouter, c'est cautionner.

Si l'on est comprend le principe de la construction du monde, alors, pour faciliter les interactions avec les autres, l'idée est de chercher dans quelle mesure les croyances peuvent coexister. Une perception n'annule pas l'autre, mais l'enrichit. Il faut passer du "ou ... / ou ..." exclusif (ou j'ai raison, ou tu as raison) au "... et aussi ..." (j'ai raison, et toi aussi tu as raison). Les nouvelles visions n'annulent pas les anciennes, elles s'y ajoutent.

En communication, on pourra recourir à la technique du recadrage, qui consiste à réorganiser l'observation, par exemple en utilisant la formulation "... et aussi ...". Je vous propose d'y revenir dans un prochain article.

Voir les commentaires

L'eau d'Ayolé - Comment mettre en oeuvre une solution à partir d'une approche systémique

Publié le par Sirieix

L'histoire ci-dessous est tirée de la réalité. Elle illustre deux approches différentes d'une situation problématique. La première se focalise sur le besoin, et propose une solution technique valable... en théorie. La seconde prend en compte le besoin et le replace dans son contexte historique, économique, géographique, social, culturel... afin de proposer une solution englobant tous les aspects, à partir d'une approche systémique.

 

L’eau potable pose de gros problèmes aux villages ruraux du Togo, en Afrique occidentale, notamment durant la longue saison sèche. Lesfemmes devaient se lever à 3 heures du matin et parcourir à pied une quinzaine de kilomètres jusqu'au fleuve Amou, en portant des bassines d’eau pouvant peser jusqu’à 40 kilos une fois pleines. Ce qui leur laissait peu de temps pour faire quoi que ce soit d’autre.

Et, en plus, cette eau n'est même pas saine. Des vers y pondaient leurs œufs qui couvaient dans le corps des villageois, avant d'essayer d'en sortir. La douleur pouvait parfois provoquer des évanouissements.

Pour acheminer une eau propre jusqu'aux villageois des pays en voie de développement, les gouvernements et les organisations internationales d'aide ont dépensé plus de 400 milliards de francs pour creuser des puits et installer des pompes à eau. Résultat : des systèmes de pompage hors d’usage et abandonnés parsèment le paysage africain, tels des squelettes d'un rêve oublié. Chacune de ces pompes a coûté plus de 50 000 francs mais, dans certaines régions, 80 % d'entre elles ne fonctionnent plus.

On pourrait s'attendre à ce que les habitants d'Amoussokopé soient capables d'entretenir leurs pompes. Cette ville est située sur une route principale du Togo. Elle est dotée d'un centre médical, d'un lycée et de petites entreprises. Il y a même un train qui s'y arrête. Mais la pompe a cessé de fonctionner en moins de deux ans. « Nous avons .voulu la réparer, déclarait une femme, mais nous ne savons pas comment. Nous ne connaissons personne qui puisse la réparer pour nous. » Les habitants ont tenté de recueillir 1 800 francs pour réparer la pompe, mais I’argent a fondu comme neige au soleil. Personne ne savait combien d'argent avait été recueilli et personne n'en avait été responsable.

Un village, Ayolé, a réussi là où les autres avaient échoué parce que la pompe d'Ayolé a dès le début été intégrée à la vie du village. Des agents extérieurs ont aidé les villageois à organiser un comité chargé de cette pompe et à désigner un responsable. C'est un mécanicien du village qui a reçu une formation.

« Tout le monde avait des vers avant l'arrivée de la pompe. Les gens étaient cloués au lit. Mais, depuis que nous avons cette pompe, la maladie a disparu. Nous sommes si libres à présent ! Plus de problème d'eau. Nous nous sentons en bonne santé ! »

Pour parvenir à ce genre d'engagement de la part du village, les agents extérieurs ont dû se remettre en question pour tenter une nouvelle approche : « Dans le passé, je transmettais aux villageois simplement ce que je savais. Mais, aujourd'hui, j'arrive dans un village et ensemble nous trouvons des solutions. Auparavant, les femmes n'avaient pas de rôle clairement défini dans la gestion du village, notamment parce que c'était l'affaire des hommes. Aujourd'hui, les femmes prennent également des décisions dans ces villages. »

Pour réunir l’argent nécessaire à I’entretien de la pompe, les villageois décidèrent de travailler ensemble dans un champ communal. Cela a toujours été un moyen traditionnel de recueillir de l’argent pour les funérailles ou les fêtes, mais à présent c’est devenu une activité permanente. Et avec les bénéfices, ils ont ouvert un compte bancaire en ville. Les villageois se sont organisés pour construire des latrines, une nouvelle école et installer une deuxième pompe. Ayolé n'est pas un village riche, c’est un village déterminé.

« Avant, chacun vivait pour soi. Personne ne se rendait visite. Personne n'avait de temps à consacrer aux autres. Aujourd’hui, nous avons des réunions au sujet de la pompe. Aujourd'hui nous sommes organisés. »

 

Sources :

  • THE WATER 0F AYOLE, film documentaire de Sandra NICHOLS, Etats-Unis, 1988
  • La cinquième discipline – Le guide de terrain, Peter SENGE et al., First Editions, Paris, 2000

Voir les commentaires